Pour les petits curieux · 5 histoires

Les histoires de M'am Bee.

Une minute par histoire. Elles sont inventées, mais chacune cache une vraie découverte sur les abeilles.

Histoire 1 sur 5

Mon premier envol

Ce matin-là, je me suis réveillée au milieu du bourdonnement de toute la famille. J'avais presque trois semaines, et je n'avais encore jamais quitté la ruche.

Pourtant, j'avais déjà fait beaucoup de métiers. D'abord nettoyeuse : j'ai frotté des alvéoles pour que la reine puisse y pondre. Puis nourrice : j'ai donné à manger aux bébés abeilles. Puis bâtisseuse, avec de la cire plein les pattes. Puis gardienne, devant la porte, les antennes bien dressées.

— Alors, M'am Bee, tu es prête ? m'a demandé Tantely, mon amie, qui volait déjà depuis une semaine.

— Prête, ai-je répondu.

Ce n'était pas tout à fait vrai.

Je me suis avancée au bord de l'entrée. Dehors, il y avait de la lumière, du vent tiède et une odeur de fleurs qui montait de partout. Mes ailes ont tremblé. J'ai fermé les yeux et je me suis lancée.

Elles battaient, battaient, plus de deux cents fois par seconde. C'est ce bruit-là que les humains appellent un bourdonnement. Et je volais !

Ce jour-là, je suis devenue butineuse.

Histoire 2 sur 5

La piste d'atterrissage

Dans le champ, il y avait des fleurs jaunes à perte de vue. Je me suis posée sur la première.

— Pas là ! a rigolé Tantely. Vise le centre, M'am Bee. Tu ne vois pas la cible ?

Je n'ai d'abord rien vu. Puis j'ai regardé mieux. Au milieu de la fleur, il y avait un grand dessin, comme une piste d'atterrissage qui brillait pour moi toute seule.

Les humains ne le voient pas. Nos yeux à nous voient une lumière que les leurs ne voient pas : l'ultraviolet. Sur beaucoup de fleurs, elle dessine des flèches et des cibles qui disent aux abeilles où se poser.

J'ai atterri en plein dans le mille. J'ai bu une gorgée de nectar, un liquide sucré et frais. Pendant ce temps, du pollen s'est collé sur mon dos, comme de la poussière dorée.

Puis je suis allée sur la fleur d'à côté, et le pollen est allé avec moi. Sans le savoir, j'avais aidé la fleur à fabriquer des graines. Elle m'avait offert du nectar, je lui avais rendu service. Tout le monde y gagnait.

Histoire 3 sur 5

Rendez-vous au rayon

Au bout du champ, j'ai trouvé le plus grand tapis de fleurs de ma vie. Je suis rentrée à la ruche à toute vitesse. Il fallait prévenir les autres, mais comment ? Je n'ai pas de téléphone.

Alors j'ai dansé.

Sur le rayon de cire, j'ai avancé en remuant l'arrière de mon corps, puis je suis revenue en faisant un demi-tour, et j'ai recommencé. Une danse en forme de huit.

— Ça veut dire quoi, ton déhanché ? a demandé une petite nouvelle.

— Regarde bien l'angle. Dans la ruche, le haut du rayon, c'est le soleil. Si je penche vers la droite, les fleurs sont à droite du soleil. Et plus je remue longtemps, plus c'est loin.

La petite nouvelle a suivi mes pas. Puis elle est partie à la rencontre des fleurs, tout droit, sans se tromper. Une adresse, rien qu'avec une danse.

Histoire 4 sur 5

La nuit fraîche

Cette nuit-là, le vent est venu du dehors, et il a fait froid.

Au cœur de la ruche, les bébés abeilles dormaient dans leur nid. Pour eux, il ne doit faire ni trop froid, ni trop chaud. Il leur faut à peu près 35 degrés, jour et nuit.

— Tout le monde au centre ! a lancé une ancienne.

On s'est serrées les unes contre les autres, en boule, les petites au milieu. Puis on a fait vibrer nos muscles de vol, sans bouger les ailes. Ça fait de la chaleur, comme quand tu te frottes les mains en hiver.

Au matin, le nid était toujours bien tiède. Les bébés n'ont rien remarqué. À midi, c'était l'inverse : il faisait trop chaud, alors on s'est mises à battre des ailes pour faire courir l'air, et d'autres ont rapporté de l'eau pour rafraîchir.

Une ruche, c'est une maison où tout le monde veille sur tout le monde.

Histoire 5 sur 5

Goutte après goutte

Mon nectar, je ne l'ai pas gardé longtemps. En arrivant à la ruche, je l'ai passé à une autre abeille, bouche à bouche. Elle l'a passé à une autre, qui l'a passé à une autre encore.

— C'est un jeu de relais ? ai-je demandé.

— C'est de la cuisine, m'a répondu l'ancienne. Chaque fois, le nectar change un peu.

Mais il y avait un problème : il contenait trop d'eau pour se garder. Alors on a étalé de petites gouttes dans les alvéoles, et on a battu des ailes, longtemps, pour faire circuler l'air. L'eau s'est envolée petit à petit.

Un jour, il n'en est resté que 17 ou 18 pour cent. Le nectar était devenu épais, doré, lent. On a posé dessus un petit couvercle de cire, délicatement.

— Ce miel est mûr, a dit l'ancienne.

Je n'ai fait qu'une toute petite partie du travail. Pendant toute ma vie, je fabriquerai à peine un douzième de cuillère à café de miel. C'est pour ça qu'il en faut, des abeilles, pour remplir un pot.

Bravo, tu connais ma famille.